Sur la petite route vallonnée qui nous ramène vers Bombay, rizières et jungle alternent sans changer la dominante.
Dans ce monde chlorophylle, seuls, les coroles d’un minaret, les étoffes vives des porteuses d’eau et l’éclat de leurs bombonnes d’acier ou la faitière des toits de palme, ouvrent d’infimes lucarnes panachées.
Arrivés en périphérie, la foule se fait plus dense et le blanc redevient majoritaire.
Juste le temps d’un dernier regard sur une vie rurale encore paisible
et d’une pause entretien avant de plonger dans le tumulte.
Bombay avec plus de 20 millions d’habitants se place dans le top cinq des plus grandes villes au monde.
A l’extrémité de la péninsule, la Black Bay aligne ses gratte-ciels le long de Marine Drive et de la plage de Chowpatty.
Après 48 heures d’errance dans les quartiers aux noms évocateurs, Malabar Hill, Santa Cruz, Breach Candy, Church Gate ou Nagar Chowk, nous plantons notre camp de base sur un parking de la proche banlieue nord à Juhu Beach. D’ici, 45 minutes « seulement », en transports en commun nous séparent des principaux sommets névralgiques de la mégalopole.
Bombay et ses monuments :
Amalgame réussi des ambitions avortées de la vieille Europe et des trépidations de la croissance et de la démographie indiennes, l’antique Bombay renaît sous le nom de Mumbai.
Bombay et ses grands hommes, ville natale de Rudyard Kipling et résidence de Gandhi.
Natif du Gujarat (1869), Gandhi fait ses études de droits en Angleterre et part exercer en Afrique du sud durant 20 ans. Témoin et victime de discriminations raciales, il précipite son retour au pays en 1915 et milite pour le droit à l’autodétermination des indiens. De son combat non violent naît la légende du Mahatma (la grande âme). Après plusieurs séjours en prison, il prend en 1942 la tête du mouvement indépendantiste mais se retire du processus, au profit de Nehru, juste avant 1947, n’acceptant pas le compromis de la partition. Cette position lui vaut d’être assassiné par un fanatique hindou le 30 janvier 1948, soit seulement cinq mois après la proclamation de l’indépendance.
Mais aussi ville de tous les contrastes sociaux si l’on sait que les plus grands bidonvilles de l’Inde y côtoient les plus luxueuses résidences à près de 9000 € du m².
Bombay et sa panoplie de petits boulots indispensables à la survie des trois quarts de sa population :
Toutes ces différences ne forment pourtant qu’un seul et même peuple résolu à accepter un système immémorial de castes hiérarchiques.
Et c’est bien « la » tradition que l’on retrouve comme dénominateur commun liant Brahmanes, Kshatriyas, Vaisyas, Sudras et Parias à travers les nombreuses festivités hindoues telle que le Ganesh Chaturthi.
Dans ces occasions, les communautés affranchies communient dans la même allégresse.
Durant quinze jours et du matin au soir, chaque famille ou corporation prépare et décore une statue de Ganesh et vient l’immerger en procession sur la plage pour invoquer la réussite des projets annuels à venir.
Lorsque la mer se retire épaves d’idoles et guirlandes de fleurs jonchent tristement le sable à l’image des laissés pour compte institutionnels qui retournent sur le pavé.
Un dernier petit commentaire sur les transports en commun et notamment les trains de banlieue. Heures de pointe : 6 à 10 et 18 à 23 heures, ce qui ne laisse guère de chance d’en découdre. Aucune porte, vitres grillagées, wagons, voire trains spéciaux réservés aux femmes pour échapper à la bousculade et aux tripotages. Et pour cause, durant le rush, point de fairplay, monter ou s’extraire d’une rame relève uniquement d’un corps à corps musclé.
En happy end, la visite tant espérée des studios de Bollywood.
Plateau de tournage d’un remake de « huit femmes », maquillage, talk show télévisé, post production, ateliers, nous passons de hangars en hangars les yeux tout écarquillés. Malheureusement interdiction de prendre le moindre cliché, droits de propriété intellectuelle obligent.
D’ailleurs, à la première tentative, sur un décor pourtant en démolition, Marcelle finit directement derrière les barreaux (en balsa) pour avoir osé enfreint la consigne. A vous d’imaginer la suite du scénario ; à chacun son cinéma !
Pour le voyageur, l’extraordinaire s’exprime aussi par le biais de redécouvertes d’apparence commune, comme l’achat d’une crêpière, symptôme gourmand du mal du pays.
Le gourou breton saura néanmoins conserver au régal une touche tropicale avec du sucre de mangue.
Plus qu’un lien, des racines