Pour la transhimalayenne nous passons en cinémascope, format obligé devant la richesse du spectacle.
Allez ça tourne.
Un arrière plan de ciel à portée de main, des scènes de vallées abyssales, tout corrobore la métaphore « toit du monde ».
Puis dans le scenario, l’image furtive d’un troupeau de yaks regagnant son enclos nocturne, nous rappelle qu’il est temps d’en faire autant.
Ce sera, un bout de verdure en lisière d’un torrent avec pour condisciples ce nomade, ses quatre enfants et huit chevaux.
L’occasion de partager thé et cake, sous la rudimentaire tente parachute, certainement l’avarice du régisseur.
Pour faire dans le burlesque, toute la nuit, les braves canassons soulagent leurs démangeons sur la cellule. Au réveil, hagards, ni homme, ni bête, l’équipage a surement repris sa route dès le lever du soleil.
Le col du jour, et pas des moindres, le Taglang à 5 328 mètres, nous propulse dans des décors dignes d’une palme.
Monts pelés, pics acérés, vallons sinueux et cheminées de sable pétrifié se bousculent dans un script endiablé.
Le cinéphile novice pourrait croire à un anachronisme, dû à une quelconque erreur de montage, mais il existe bel et bien un large bout de piste rectiligne et quelque présence humaine.
Si cartes et bornes indiquent clairement Pang, le bourg n’a d’existence établie que durant la belle saison, encore une fantaisie du réalisateur.
Etape idéale, à mi chemin entre Keylang et Leh, un village sous toile s’installe à l’ouverture de la route pour disparaître aux premiers flocons.
Sachant qu’il n’existe pas âme qui vive à moins d’une journée motorisée à la ronde, autant dire qu’hôtels, restaurants, cafés et épiceries fleurissent dans cet îlot providentiel.
La quasi-totalité des habitants sont des femmes dont les maris mènent des treks durant les congés d’été des occidentaux.
Une sorte de couvent lucratif où les semi-nonnes, durant ces trop courts mois, doivent engranger de quoi subvenir aux besoins de la communauté le restant de l’année, à l’instar de bon nombre d’intermittents du spectacle.
Vers 22 heures, l’épilogue de la « saison 1 » met en scène un « lever de lune » surréaliste durant lequel une lueur exsangue découpe magnifiquement les crêtes en contre-jour.
Phénomène à son paroxysme aujourd’hui, sous la pleine lune.
Village et beauté éphémères