Après la chaleureuse concentration de la grotte d’Amarnath, lieu majeur de pèlerinage, Dras, la ville la plus froide d’orient, jusqu’à -60°dans les pires hivers, marque l’entrée du Ladakh.
Rien d’étonnant si l’on sait que l’altitude moyenne de la région se situe autour des 5 300 m.
Même en plein été les nuits y sont fraîches et pour résister une seule recette « le thé tibétain ».
Mélange de thé, de beurre rance et de sel, qui donne une boisson rosée à la saveur innommable surtout à jeun au petit déjeuner (dégoût et des couleurs).
Longeant la Wakha, nous traversons brièvement, faute d’y trouver quelconque affinité, le gros bourg de Kargil également ouvert sur la vallée du Zanskar.
Après Kargil, les yeux s’étirent en amande, les profils s’aplatissent et le bouddhisme prend le pas sur le monde musulman.
Si bien qu’à deux pas, la trace immaculée du monastère perché de Shergol, rayonne comme un phare bouddhiste à l’appel des voyageurs.
Réciproquement, des balcons, en boiseries ocres ornant la façade à l’aplomb de la falaise, la vallée s’esquisse jusqu’à son point de fuite.
Le village attenant, s’articule autour de quelques maisons cossues, construites, en famille, parpaing après parpaing.
Bien entendu l’un des fils est lama.
Puis, arrivée à Mulbek, pour la découverte d’un bas-relief prébouddhique de neuf mètres taillé dans un piton rocheux.
Mais surtout notre premier moulin à prières, derrière lequel une vieille femme parvient à se soustraire du cadre.
Bien plus haut encore, les cols de Namika (3 798 m) et du Foto (4 091 m), balisés par des totems, de rameaux et de linceuls flottants à tout vent, délimitent le royaume absolu d’un univers minéral.
De ces paysages arides, émerge à l’improviste un cœur de verdure, infime chimère tangible de notre bonne planète.
Il faudra, toutefois, attendre Lamayuru pour retrouver âmes qui vivent à travers la nonchalance de ces femmes qui semblent commenter les maigres événements de la rue à la manière des Vampes (oh ben oui alors !).
L’occasion :
De montées en descentes, de méandres en torrents,
nous retrouvons à Kalsi, les eaux « thé au lait » de l’Indus qui nous conduisent jusqu’à Alchi.
L’oasis excentrée, abrite un monastère composé de cinq superbes temples.
Remarquez le svastika, antique symbole bouddhique qui a n’en pas douter aurait du mal à passer en Europe même si, en profanes, les nazis avaient eu la délicatesse de l’inverser.
Mais notre guide fluvial nous abandonne régulièrement au milieu de ce qui pourrait ressembler à un labyrinthe. Or, s’agissant d’une seule et même route, rien ne sert de demander assistance au chauffeur enturbanné.
A vol d’oiseau trois cents mètres, tout droit (si l’on peut dire) six kilomètres, délai trente minutes.
Et oui, la « main road » n’en porte que le nom et comme le signale l’unique panneau gare « au virage à gauche».
Jullay