Lever sept heures pour entamer les démarches dès l’ouverture de la frontière à huit heures.
Taftan étant le seul point de passage autorisé entre l’Iran et la Pakistan, il y a foule.
Un diplomate suédois en fin de mission sur Islamabad et qui a décidé de rentrer par la route, nous offre ses dernières roupies.
Les formalités prennent plus de temps que prévu pour ne s’achever que vers onze heures (heure pakistanaise puisque nous passons notre quatrième fuseau). Il est 10 heures en Iran et 8 heures en France (heure d’été).
Rejoindre Quetta, d’une traite, à près de 600 Km et y arriver avant la nuit relève de l’exploit.
Obligés de relever le défi, nous voilà partis après avoir saisi l’opportunité de convoyer deux solides gaillards pakistanais, hypothétique gage de sécurité en cas d’arraisonnement par des pirates de la route afghans.
En effet, sur toute la distance, nous longeons à moins de 30 Km la frontière afghane. Quotidiennement, des brigands font de courtes incursions, rançonnent les passants et s’en retournent en toute impunité.
Après cent kilomètres, la chaussée se rétrécit, plus moyen de croiser ou doubler sans empiéter sur les accotements meubles.
Les emblématiques poids lourds pakistanais, tout aussi magnifiquement décorés soient-ils, deviennent alors un calvaire.
Largement en surcharge, ils ne dépassent pas les 30 km/h, et s’imposent sans autre considération que leur taille.
Imaginez ce que donne le croisement de deux camions, ça passe au centimètre.
La chaleur nous accable, à gauche le désert et la voie ferrée, à droite le désert, devant la route et le désert.
Bien que nous ralentissant, la traversée d’un troupeau d’ânes ou de chameaux, les innombrables travaux d’entretien aiguayent le chemin de croix.
A propos de voie ferrée, nous avions envisagé de charger le véhicule sur un plateau entre Zahédan et Quetta. Or, il n’y a qu’une seule liaison mensuelle et de plus le trajet prend trois à cinq jours multipliant ainsi le risque de pillage.
D’énormes réservoirs supplémentaires permettent aux routiers pakistanais de retour d’Iran d’entretenir la contrebande de carburant. Avec un ratio de l’ordre de 1 à 50 il faut avouer que la combine fait naître nombre de vocations. Tout au long du parcours, on aperçoit des alignements de fûts caractéristiques de ces points de ravitaillement sauvages.
Malheureusement, pour augmenter encore leur marge, les contrebandiers coupent le gasoil avec de l’eau et le mélange devient fatal aux moteurs modernes à injection haute pression. Rassurez-vous il y a de forte chance pour que le pompiste légal en fasse de même.
Autre source de ralentissement, la myriade de points de contrôle où il nous faut à chaque fois remplir le registre des étrangers. Statistiquement il est intéressant de savoir dans quel secteur le touriste à le plus de chance de se faire trucider.
Plus sérieusement, la police Pakistanaise se montre accueillante et fiable à contrario de sa redoutable consœur Iranienne.
Si bien qu’à la tombée de la nuit, alors que la conduite tient plus du somnambulisme, nous trouvons refuge auprès de l’un de ces poste.
Echec prévisible, nous sommes à 50 km de Quetta.
Aussitôt désigné, un homme en arme surveille le véhicule.
Nos deux autostoppeurs nous offrent le dîner en gage de reconnaissance et prennent, après de chaleureux remerciements, le premier bus en partance.
Les camions que nous avions doublés durant la journée nous bercerons toute la nuit. Ici Le routier n’imagine même pas les 35 heures.
Une chaîne de montagne barre la route de notre destinée. Certainement les kilomètres les plus durs du trajet. A tel point que dans les côtes abruptes les camions ne peuvent grimper sans l’aide de remorqueur.
Enfin les portes de Quetta.
Pris en charge par la police locale, nous sommes conduits, toutes sirènes vrombissantes, vers le parking d’un petit hôtel du centre ville.
Sain et sauf
après 24 heures en enfer