Au petit matin une file interminable de camions patiente devant le poste de Gurbulak. Par chance voitures particulières et bus disposent de leur propre circuit.
Malgré les engagements pris (cf article « Ersurum-route de Van »), les douaniers iraniens nous refoulent à nouveau (cf article « Ersek- Dugobayazit »).
Il nous faut retourner au consulat d’Erzurum soit 700 km aller/retour et dans l’immédiat refaire les démarches d’entrée en Turquie.
Pour couronner le tout, l’individu qui nous avait réclamé carnet de passage en douane et passeports n’est en fait qu’un intermédiaire officieux qui impose ses services, payant il va s’en dire, aux touristes crédules.
Persuadés de pouvoir passer la frontière nous n’avons plus ni YTL, ni essence et surtout, à compter d’aujourd’hui, le véhicule n’est plus assuré.
Trouver une banque, faire le plein, rouler 6 heures non stop et nous voilà à Erzurum en fin d’après midi.
Quatre jours de tractation seront nécessaires pour obtenir nos visas.
Sans l’intervention express de l’ambassade de France à Ankara, via l’un de ses membres que nous avions rencontré en Cappadoce, et de l’ambassade d’Iran à Istanbul, ce délai aurait été assurément plus long.
Nous déplorons les agissements du consul qui, manifestement, jouait avec nos nerfs bien que les visas aient été validés depuis longtemps :
Nous irons même jusqu’à culpabiliser, en imaginant qu’une attitude désobligeante ait pu déclencher cette magistrale démonstration d’abus de pouvoir.
Une heureuse rencontre avec Alexandre, un jeune français dans la même galère, nous a permis d’évacuer mutuellement le stress de l’attente.
Que ce soit lors de longue discutions sur nos projets de voyage respectifs et sur la stratégie à adopter pour contrecarrer les humeurs du consul ou plus simplement autour d’une bonne pâtisserie.
Sportif accompli, Alexandre a relevé le défi de relier à vélo et en solitaire Paris à Pékin via l’Iran, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. A raison de 100 km par jour et d’un jour de repos par semaine, son périple durera 10 mois.
Quelque soi les circonstances ou les opportunités, un mental à toute épreuve l’exhorte à parcourir la totalité de la distance sur sa fidèle bicyclette (Cf lien « au filde la soie »).
Pour être plus réactif, nous squattons à deux pas du consulat.
Ultime travail de sape, le consul nous délivre les visas et bloque Alexandre trois jours de plus.
Nous enrageons sachant que son planning reste beaucoup plus tendu que le notre.
Dégager la neige accumulée, retirer les stalactites de près de trente centimètres qui se sont formés sur l’extrémité de la capucine et du soubassement, souhaiter bonne chance à Alexandre (après avoir ramé il te faudra pédaler de plus belle) et nous voilà à nouveau en direction de la frontière iranienne.
Un des rares points d’eau en bord de route nous permet de rencontrer un personnage haut en couleur.
A 59 ans Memis y lave des véhicules depuis l’âge de 9 ans.
En un demi-siècle, l’homme aura accueilli, autour d’un thé, un nombre invraisemblable de globe-trotters de tout horizon, des plus anonymes au plus médiatiques comme Serge Girard (Paris-Tokyo en courant).
Désormais cette photo, imprimée sur place, fera bonne figure au milieu des nombreux autres témoignages qui tapissent les murs de sa cabane.
Cette fois c’est la bonne, le passage de la frontière Iranienne se déroule sans encombre.
Un dernier clin d’œil à l’omniprésent Ata Turk et nous quittons la Turquie.
Maintenant il faut penser au foulard