Etape de liaison, nous ne ferons que traverser le Monténégro le Kosovo et la Serbie. Sans le recul nécessaire nos impressions ne seront donc que superficielles.
Le contraste est brutal. A peine la côte adriatique perdue de vue (direction Niksic), l'économie s'effondre, privée des revenus du tourisme. D'autre part, la conjonction d'un relief accidenté et des récents évènements pèsent lourdement sur le développement de ces pays.
Nous constaterons à nos dépends que le réseau secondaire est à la limite du praticable surtout en plein hiver. Entre Boan et Redice (Monténégro) nous renoncerons même à parcourir les 32 km restant sur une chaussée trop enneigée et vierge de toute trace de passage.
Rebroussant chemin, un bucheron nous indique un itinéraire alternatif afin de retrouver l'axe principal Podgorica / Pristina sans pour autant être obligé de redescendre jusqu'à Podgorica.
Ce détour de néanmoins de plus de 50 km nous entraîne dans les montagnes du Durmitor ornées de splendides lacs gelés.
Egalement, lieu d'implantation de petites stations de ski, l'une d'entre elles, Zabljak nous apportera le réconfort d'un délicieux repas de sarmas (choux farcis).
A la sortie du village, un policier nous fait signe de se ranger, demande les documents du véhicule et inscrit sur un papier la somme 30 euros. Nos feux de croisement ne sont pas allumés et ils doivent l'être même de jour. Au bout d'un quart d'heure de palabres et gesticulations nous en serons quittes pour cette fois.
La route nous apporte ses joies, comme le paysage bucolique de la rivière Tara d'un turquoise enchanteur, ou les traversées inopinées de troupeaux,
et ses peines comme les nids de poule, les effondrements ou les éboulis.
Les passages en douane se font de plus en plus stricts.
Jamais 203, un douanier serbe veut nous infliger une amende de 30 euros pour avoir remonté la file de camions en attente garés sur la route. L'intervention d'un officier nous épargne le racket.
Au passage de la frontière Kosovar militarisée, nous touchons du doigt une vague réalité entre-aperçue par la lucarne du téléviseur.
Le poste de Banje, protégé par des blindés, est tenu par des casques bleus norvégiens. Le crépuscule et la lumière vive des projecteurs braqués sur le check point amplifient la sensation d'une situation tendue.
Nous obtiendrons un sauf conduit de 5 jours pour traverser le Kosovo.
A peine repartis, une crevaison nous immobilise en pleine nature. Nous dormirons sur place, sur trois roues et le cric qui soulage le pneu déjanté.
Bilan de la journée : 10 heures de conduites, 220 km parcourus et un pneu crevé.
Ne dormant que d'un oeıl, nous constatons qu'une visée laser pointe le véhicule (pas rassurant).
Au petit matin, le changement de roue effectué nous poursuivons jusqu'à la tristement célèbre ville de Mitrovica.
Nous y trouvons sans peine une boutique de pneumatiques tant elles sont nombreuses. Preuve s'il en est que les crevaisons sont monnaies courantes dans la région.
La chambre à air a littéralement éclatée, il faudra en conséquence la remplacer (heureusement nous en avons en rechange).
Un quart d'heure suffit à entreprendre la réparation et comble de l'hospitalité le jeune garagiste nous offre le service.
L'omniprésence des forces des nations unies jure avec l'apparente sérénité des rues de Mitrovica où nous dégustons une excellente goulasch.
Ville adulte qui assume son mode de vie traditionnel a contrario de sa voisine Pristina l'adolescente à la recherche d'une identité trop européenne.
Nous ne résistons à l'opportunité de tailler un brin de causette avec deux sympathiques gendarmes français de la KFOR Alex et Ernest et leur interprète Dimitri.
Dimitri nous explique que l'exploitation de cette mine constitue l'un des principaux points d'achoppements entre Serbes et Kosovars.
30 Km après Pristina nous retrouvons la Serbie. A la douane un détail nous interpelle. Les véhicules entrant au Kosovo changent systématiquement de plaques d'immatriculation ?
Nouvelle arrestation, un déplacement de vitesse de 7 km/h (67 au lieu de 60) nous vaut une amende de 2 000 dinars soit 26 euros.
Le seul détail, aucun panneau n'indique la dite limitation ou les raisons d'une limitation implicite (village, croisement etc).
Nous ne chercherons même pas à négocier devant l'évidente mauvaise foi du policier.
Nous avalons Nis puis Pirot avant d'atteindre la frontière Bulgare.
Carrefour confessionnel et culturel, la Yougoslavie avait réussi le difficile pari de réunir sous une même bannière trois religions et une large palette d'arts de vivre.
Etrangers, nous avons du mal à comprendre ce qui a bien pu rompre cet équilibre et déclencher le morcellement actuel.
Certainement pas l'homme de la rue
ouvert et prévenant.