Il est des instants privilégiés, hors du commun, œuvre du hasard.
Hasard d'une rencontre avec un jeune médecin qui nous invite à une halte dans son village à peine distant d'une douzaine de kilomètres de notre bivouac. 9 heures sonnent tout juste lorsque nous arrivons au dispensaire de notre hôte.
Une baraque au toit en tôle ondulée, trois lits, une table de travail, une glacière, une radio, un évier, une mobylette et surtout un homme exceptionnel qui dispense sans relâche ses soins à plus de sept mille âmes à la ronde.
Une structure financée en 2 000 par la croix rouge suisse mais qui, faute de budget d'entretien tombe en décrépitude. Exemple majeur, l'installation solaire hors service depuis plusieurs semaines, plus de contact radio possible en cas d'urgence, ni possibilité de conserver convenablement les médicaments.
Un rapide diagnostique localise le dysfonctionnement dans les combles. Une panne mineure réparée en moins d'une demi-heure et l'installation reprend du service sous l'enthousiasme de tout un village. En prime, nous cannibalisons, néons et starters du camping-car pour improviser à l'aide de bouts de bois, câbles, cosses, dominos et serflex, des éclairages au-dessus du bureau et de la table de soins.
En cette fin de matinée, doit se dérouler le « Soukhouan » du dernier né accouché hier à la lampe de poche et à la bougie. L'intervention technique nous vaut une participation à titre de parrains d'honneur, au rituel où l'on invoque bonne santé et longue vie à l'enfant. L'officiant place le Phakouan (repas de l'âme) au centre du cercle des convives, un plateau garni d'offrandes, riz, alcool, œuf, argent, cigarettes, savon, etc... Il allume quelques baguettes d'encens, s'adresse aux divinités puis noue un fil de coton blanc aux poignées des invités et de l'enfant. La cérémonie s'achève par les félicitations aux parents et un repas frugal.
L'après-midi se passe à déambuler dans le village à la rencontre de ses habitants et de leur quotidien. Nous sommes chez les Hmong, premier indice, la méthode de portage.
Non non, il ne s'agit pas d'un massage crânien soulageant.
Autre indice, le motif et les couleurs typiques du tissu à damier, fuchsia / émeraude.
Nous sommes frappés par la natalité galopante, grand-mère, grand père, père, mère, sœur, frère, tous portent un pitchoun. Une démographie renversante qui bouleverse le profil de la pyramide des âges tel que nous le connaissons en occident. Il est vrai qu'ici, l'espérance de vie ne dépasse guère 55 années.
Plus bouleversant encore, restera sans conteste, la chaleur de l'accueil, la complicité spontanée et la tendresse des sourires.
Une vision croisée de deux mondes parallèles par la lucarne d'une journée d'échanges que chacun était disposé à consacrer à l'autre.
Le lendemain matin, adieux à l'image de la météo, franchement gris et humide.
Une autre vision du
Patrimoine de l'humanité