Après un déjeuner au restaurant en compagnie de Christophe, Thérèse, Ulysse, Rachel et Gaspard (la tribu des toqués en
ordre décroissant), nous reprenons la route des écoliers pour le Nord-est du Laos. Juste à la sortie de la capitale, nous avons la chance de trouver l’une des dernières stations service encore
achalandée depuis que la Thaïlande a coupé le ravitaillement pour impayés. Une éventualité inattendue qui confirme l’intérêt du réservoir grand capacité ajouté au Land.
Premier arrêt dans une saline d’un autre siècle (merci du tuyau Jean-Yves). La saumure décante dans des fours en terre alimentés à l’écorce de riz (un combustible on ne peut plus local). Nuit et
jour, les paludiers récupèrent la fleur de sel à la ratisse puis l’entreposent au séchoir durant six mois.
De l’eau salée à l’eau douce, il n’y a que le lac de Nam Ngumdum où mous passons la soirée. Une immense
retenue artificielle verrouillée par un barrage, ouvrage financé par la Thaïlande. Ainsi, toute la production quitte le pays. Curieuse convention énergétique Lao/Thaï, j’exploite tes ressources
hydroélectriques et tu me règles rubis sur l’ongle mes carburants.
En outre, la retenue a englouti d’immenses forêts de tecks qui représentent la principale source de revenus de la région. Alors les bûcherons ont ajouté à leurs cordes celles de batelier et
plongeur. Dans un paysage surréaliste ponctué de minuscules îlots émergeants pelés, la coupe claire est désormais subaquatique.
Bien qu’indiquée sur notre carte, la nouvelle nationale n’est visiblement pas terminée et quelques kilomètres plus loin visiblement inexistante. Qu’à cela ne tienne, continuons au pas jusqu’à cette portion de descente fraîchement surfacée. D’un coup, le véhicule part dans tous les sens sur une pellicule de boue d’à peine deux à trois centimètres. Le blocage du différentiel n’y change rien, on se croirait sur du verglas. La pente franchement prononcée, le dévers qui s’annonce, le virage en point de mire et l’impossibilité de maîtriser la trajectoire ou l’arrêt, il n’en faut pas plus pour que le bon sens nous intime d’emprunter un nouvel itinéraire.
De retour sur Tha Meva, si le chemin à revers ne fait guère avancé, il nous vaut néanmoins une rencontre sympathique. Eric et Phongsanith, un industriel lyonnais et son épouse laotienne qui se lancent avec un associé dans la culture du Jatropha Curcas. L’arbuste, originaire du Brésil, donne un fruit à très haute teneur en huile (plus que le soja et le colza) apte à produire du biocarburant. Rustique, l’ensemencement se pratique sans labour et l’entretien sans pesticide. De plus, non comestible, son exploitation n’entre pas en compétition avec les cultures vivrières. Une concession de 130 000 hectares de friche, la perspective d’un travail de titan et un rendement espéré à terme de 1 500 litres de diester à l’hectare, les balbutiements de cette aventure annoncée rappellent ces grandes ambitions du début de l’ex Indochine à ceci près qu’aujourd’hui légitimement l’un des dirigeants est laotien.
En attendant que le repas cuise, Marcelle s’improvise à la pêche sans même quitter la table.
Quant à moi, j’observe une abeille qui butine une bouteille de sauce piquante et m’interroge sur la saveur du miel
qu’elle produira.
Petite marche champêtre pour la digestion avec en point d’orgue la surprise d’un étrange totem, mais j’ai bien peur que ce ne soit qu’un attrape nigauds.
Et des nigauds, il y en a dans la région de Vang Vieng. Du genre matinée saut à l’élastique dans la Nam Song, après-midi à la terrasse d’un bar devant un écran qui débite en boucle des séries américaines et soirée techno. Peut-on encore avoir honte, saturé du cocktail inhibiteur bière/cannabis. Les azbines que nous sommes, fuiront « l’ambiance festive » à toute jambe pour retrouver le plaisir de savourer le calme d’un bivouac en pleine nature.
et surtout prendre le temps de parcourir les magnifiques paysages qui ont fait à juste titre la réputation de la région.
Au bout de l’élastique
Un sentiment de liberté