A l’extrême sud du Laos, le Mékong s’éparpille et dessine l’archipel des quatre miles îles, région connue aussi sous le nom de triangle d’émeraudes. Juste à la lisière du Cambodge, le cours d’eau n’est plus navigable, barré sur ses deux principaux méandres par les chutes de Pha Peng, rive gauche, et celles de Li Phi, rive droite. A Pha Peng, le fleuve s’engouffre à grand fracas dans l’immense fracture d’une quinzaine de mètres de son lit. Remarquable panorama sur les plus larges chutes d’Asie du Sud-Est.
Nous remontons à contre-courant sur quelques kilomètres jusqu’à Ban Nakasang pour une balade sur les îles siamoises de Det et Khone,
et rejoignons Det, en amont, avec une pirogue.
Du quai, un sentier nous mène jusqu’à un pont totalement anachronique dans le paysage. Un pont ferroviaire construit dans les années 20, sous protectorat français, et qui relie les deux îlots. Jusque dans les années 40, la ligne d’une quinzaine de kilomètres, en acheminant passagers et fret à travers les rapides, assurait la liaison entre deux embarcadères pour la continuité de la navigabilité sur le Mékong.
La mise en service de ce modeste chemin fer reste un événement ferroviaire majeur puisque qu’il aura été le seul que le Laos n’ait jamais connu.
Khone dissimule quant à elle, dans son abondante végétation, les chutes de Li Phi, un temple, des bungalows et les anciens édifices de l’administration coloniale, notamment la douane et la poste.
Et aussi la petite plage d’Hat Sai où il nous faut attendre que le batelier ait fini sa toilette pour embarquer. Il est curieux d’observer la forme des arbres sur les rives. Formes effilées dans le prolongement du courant qui témoignent du potentiel de crue du fleuve. Nous croisons quelques pêcheurs et stoppons à l’ombre d’un arbuste sur un minuscule rocher face à un banc de sable tout aussi minuscule qui n’est autre que le poste de douane fluviale cambodgien.
Un caillou inconfortable émergeant à peine des eaux du Mékong mais aussi observatoire idéal dans le secret espoir d’apercevoir l’Irrawaddy. Tiens, mais que vient faire le fleuve birman sous cette latitude ?
Il s’agit en fait du nom donné à une espèce rare de dauphin d’eau douce découvert dans le fleuve Irrawaddy. Vilain petit canard de cette famille de cétacé, la pauvre bête est affublée d’une dorsale ridicule et d’un faciès de bélouga. Au bout d’une bonne heure d’attente, il est au rendez-vous. En voilà un, puis un autre et encore un couple, nous avons la baraqua.
En revanche lors du retour, la chance nous abandonne sur la rive Est de Det qui tend à devenir le squat privilégié d’une faune « Ibisatesque » aux goûts douteux. Une image un brin désolante de l’occident !
Allez basta, jusqu’à Bang Muang pour rejoindre Champassak via le bac.
Un bac bricolé avec de vielles barges par son capitaine qui pilote l’engin assis sur une chaise en bois à l’abri d’une tôle ondulée. En outre, on ne part qu’une fois complet à moins de régler les places libres.
Les cyclos sont logés à la même enseigne mais à leur échelle.
De l’autre côté, il y a le wat Phou, un site Khmer préangkorien. Un ensemble archéologique étagé sur trois niveaux comme pour rappeler l’origine hindou, la transition bouddhique et le retour à l’hindouisme. Très réputé depuis le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO mais à notre sens une popularité un peu surfaite plus en rapport à l’intérêt historique que touristique.
Il ne nous reste plus qu’à emprunter de petites routes, faire un ravitaillement de haut vol à une station essence du cru et jouer à cache-cache avec les bouddhas pour rejoindre Chong Mek et repasser en Thaïlande.
Thaïlande, nous revoilà