Nous voilà, presque d'une traite, à Kep, ancienne station balnéaire huppée des années 70 pour colons français et nomenklatura locale sur le golfe de Thaïlande.
Ce midi, se sera crêpes bretonnes dans une ambiance khmère.
Au cours de la conversation, la patronne breto-cambodgienne (comme sa cuisine), résume l'effondrement abyssal du pays par ces quelques paroles éloquentes :
Si à l'époque angkorienne on pouvait compter sur trois récoltes de riz annuelles aujourd'hui on en espère plus qu'une.
La digestion se passe à musarder sur le front de mer dans la torpeur d'un climat estival. Partout des bâtisses coloniales dévastées rappellent le despotisme khmer rouge dans l'une de leurs dernières poches de résistance.
De nos jours, ce sont les dignitaires de la « monarchie constitutionnelle », pour la plupart, anciens khmers rouges, qui s'approprient et réhabilitent à leur compte les plus belles d'entre elles.
Soirée apéro coucher de soleil en compagnie de Marie Noëlle et Juliette, deux voyageuses normandes en Asie du Sud Est pour quatre mois. Rencontrées où ? A la crêperie du bout du monde bien sûr !
Le lendemain midi, honneur à la cuisine régionale avec des crabes au poivre vert. Le crustacé extrait des casiers mijote illico sous le couvercle de marmites à même le sable dans un bouillon saturé de grappes de poivre doux dit de Kampot.
Il n'y a qu'un pas jusqu‘à Kompong Som (Sihanoukville) sa rivale contemporaine, vouée à court terme au tourisme de masse. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à compter les immenses ressorts en construction plus prétentieux les uns que les autres.
Des investissements sulfureux Thaïs, Singapouriens ou Russes pour lesquels les autorités locales ferment volontiers les yeux dans l'euphorie de la spéculation foncière. D'ailleurs, nous n'aurons jamais vu une telle concentration de Toyota V8 ou Humer. Un monde de corruption dans un pays où le salaire moyen se situe aux alentours des 170 $ mensuel.
Nous élisons domicile sur la plage excentrée d'Ochetal là où quelques paillotes résistent à la main mise des « blanchisseurs de rêves ».
Un littoral populaire qui, sous une apparente nonchalance, nous réserve de nombreuses surprises :
Celui du premier ministre Huan Sen, ancien leader khmer rouge repenti installé au pouvoir par les vietnamiens en 1978, confirmé par les sihanoukistes en 1993, putschiste en 1997 et enfin élu depuis 1998. Il possède son île villégiature à quelques encablures. Un train de vie qui jure avec son discours idéologique.
A « Bungalow village », une guest-house tenue par un jeune français Olivier et son épouse cambodgienne Darin.
Nous ne parvenons pas à mettre la main sur son propriétaire, dommage.
Françoise et Renaud de vrais aristocrates avec la particule à la ville et aussi de vrais illusionnistes à la scène. Leur gentillesse n'a d'égal que leur talent, nous aurons surement le plaisir de vous revoir en spectacle à la Mezzanine (comité des fêtes de Pierrelaye contactez-nous pour les coordonnées).
Sur le retour à notre point de chute, deux individus en scooter tentent en vain de nous arraisonner. Et voilà comment le lendemain matin on se retrouve autour d'un petit déjeuner (avec croissants s'il vous plaît) les pieds dans le sable blanc en compagnie de Michel, Soka son épouse, Roland un ami et leur Defender immatriculé en France.
Et puis, l'impensable, l'inimaginable, l'apothéose, rejoints par Anne, Jacques et le Petit Prince, un bivouac à trois véhicules.
Un weekend apéros, BBQ, maillots de bain, mémorable, « Je suis c0ntent », « Je suis cOOntent », « Je suis cOOOntent ».
Anne et jacques nous accueillent pour quelques jours dans leur superbe villa chambre d'hôtes. De l'espace, une douche quotidienne, et surtout le plaisir de faire plus ample connaissance et parler voyage.
En 2005, les deux compères relient Sihanoukville de Blois via la Scandinavie, la Russie, la Mongolie, la Chine, le Laos et le Vietnam dans un drôle d'équipage, un illustre camping-car de 20 ans tractant une énorme remorque.
Une expédition qui les conduit jusqu'à leur but s'occuper d'enfants cambodgiens et plus particulièrement de leur petit fils Sovann. Comble du hasard, leur fils n'est autre qu'Oliver le cuisinier projectionniste. C'est donc en famille qu'ils réalisent la synthèse d'Athinganos voyage et cinéma en y ajoutant un grain de sel gastronomique.
Un parcours qui, compte-tenu des difficultés à trouver un affréteur pour la liaison maritime sur l'Afrique australe à un coût raisonnable, nous oriente vers un retour à rebrousse poils sur leurs traces.
Pour sa part, Michel, ancien d'ADP, s'expatrie au Cambodge pour participer à la mise en service des aérodromes de Phnom Penh, Siem Reap et maintenant Sihanoukville.
Une expertise aéronautique qui le pousse en 2003 à opter prudemment pour la route nord dans son ascension du Cambodge.
Il est superbe ton aéroport international tout neuf avec sa fresque « aux bonzes à la plage » et son camion pompier rutilant mais tant que l'on viendra tous en camping-car il n'y aura guère que les cobras à emprunter la piste.
Futurs voyageurs, la présence permanente de ces deux véhicules français au Cambodge vous interpellent surement autant que nous. Sachez qu'il est possible de regagner l'Asie du Sud Est via les républiques démocratiques populaires sans carnet de passage en douane (pour le coup vive le communisme). De plus, le Cambodge jouit, pour l'heure, d'un régime douanier des plus souples puisque aucune démarche locale d'importation temporaire n'est nécessaire.
Li ahs